Retraite
Bulletins de salaire perdus : le guide de survie pour sauver votre retraite
Quarante ans de carrière, ça laisse des souvenirs… par exemple, ces bulletins de salaire tapés à la machine, doublés d'un papier carbone qui salissait les doigts. D'ailleurs, que sont-ils devenus ? Alors que l'heure est venue de vérifier votre parcours professionnel avant d'obtenir votre fameux sésame pour une retraite bien méritée, des bouffées d'angoisse peuvent venir vous assaillir.
Qui eût cru, en effet, que ces feuillets jaunis deviendraient précieux pour prouver que vous avez bel et bien travaillé, si d'aventure certaines années ont disparu de votre relevé ? Pourtant, si la fouille hasardeuse dans les cartons qui sentent la naphtaline ne donne rien, rassurez-vous : si vos bulletins ont disparu, tout n'est pas forcément perdu. Plusieurs solutions existent pour reconstituer votre parcours professionnel et faire valoir vos droits.
Première étape : vérifiez votre relevé de carrière
Avant de retourner le grenier, commencez par le plus simple. Votre relevé de carrière — aussi appelé RIS (relevé individuel de situation) — est consultable à tout âge depuis votre premier emploi, sur le site info-retraite.fr. Ce document inter-régimes récapitule l'ensemble des périodes enregistrées par vos différentes caisses de retraite : les cotisations déclarées par vos employeurs, les salaires pris en compte et les trimestres validés.
Si tout est conforme, bonne nouvelle : aucune démarche supplémentaire n'est nécessaire, et vos bulletins de salaire perdus ne vous seront même pas réclamés.
En revanche, si vous détectez des anomalies (années manquantes, salaires erronés, périodes non prises en compte) vous pouvez agir. À partir de 55 ans, le service « Corriger ma carrière » sur info-retraite.fr permet de signaler directement les erreurs à l'ensemble de vos régimes, qui en sont automatiquement informés. Mais il n'est pas nécessaire d'attendre cet âge : depuis le 1er juillet 2021, les assurés de moins de 55 ans peuvent eux aussi demander la rectification d'anomalies, en contactant directement les caisses de retraite concernées (CARSAT, MSA, CNAV, etc.). La procédure est simplement un peu moins centralisée : il faut s'adresser à chaque régime individuellement, plutôt que de passer par le service en ligne unique réservé aux plus de 55 ans.
Reconstituer sa carrière sans bulletins : quelles preuves fournir ?
Si vous ne parvenez pas à remettre la main sur vos bulletins de salaire correspondant aux périodes manquantes, pas de panique. Les caisses de retraite acceptent toute preuve écrite, fiable et cohérente permettant d'établir la réalité du travail effectué. Voici les documents les plus couramment admis :
• Les attestations d'employeurs, si l'entreprise existe encore. L'employeur est tenu de conserver les bulletins de salaire pendant 5 ans sous format papier, et jusqu'à 50 ans (ou 6 ans après votre départ en retraite) en version dématérialisée. Il n'est toutefois pas légalement obligé de vous fournir un duplicata.
• Les contrats de travail, avenants ou lettres d'embauche.
• Les certificats de travail, remis à la fin de chaque contrat.
• Les relevés bancaires, montrant les virements de salaires reçus. Les banques conservent l'historique de vos mouvements sans limitation de durée, même si une demande d'anciens relevés peut être payante.
• Les déclarations annuelles de revenus et avis d'imposition, qui mentionnent les revenus perçus.
• Les attestations Pôle emploi (devenu France Travail), en cas de périodes de chômage indemnisé.
Votre entreprise a fermé ? Des pistes existent
Si l'entreprise concernée par vos bulletins manquants n'existe plus, la situation est plus complexe mais pas désespérée.
L'URSSAF constitue un recours précieux. Cet organisme collecte les déclarations sociales nominatives (DSN) — et avant cela les DADS (déclarations annuelles de données sociales) — transmises obligatoirement par tous les employeurs. Ces données sont conservées même après la fermeture d'une entreprise. Vous pouvez contacter l'URSSAF par écrit (ou au 39 57) en précisant votre identité, votre numéro de sécurité sociale, le nom de l'entreprise et la période recherchée.
Le mandataire judiciaire ou liquidateur qui a géré la fermeture de l'entreprise peut aussi détenir des archives. Ses coordonnées sont consultables auprès du tribunal de commerce ou sur Infogreffe.fr.
Les archives départementales conservent parfois des documents d'entreprises disparues depuis des décennies. C'est un recours de dernier ressort, mais qui peut s'avérer utile pour les carrières très anciennes.
Enfin, la CPAM (Caisse primaire d'assurance maladie) peut fournir des justificatifs pour les périodes d'arrêt maladie ou de congé maternité, qui comptent pour la validation de trimestres.
La perte de bulletins de salaire n'est pas un drame si votre relevé de carrière est complet et exact. Ce document officiel, accessible gratuitement en ligne, est reconnu par toutes les caisses de retraite et possède une valeur probante suffisante pour faire valoir vos droits. Les bulletins ne deviennent indispensables que lorsqu'il faut prouver des périodes absentes du relevé. Dans ce cas, de multiples alternatives existent. Et le plus tôt vous vérifiez, le mieux c'est.
Sources : info-retraite.fr, L'Assurance retraite (lassuranceretraite.fr), Service-public.fr, Agirc-Arrco. Informations à jour en février 2026.






