Bourse/Finance
L’or, nouveau placement star des moins de 35 ans
Un Français sur cinq détient de l’or, et 41 % des moins de 35 ans en possèdent, contre 10 % des 50 ans et plus. Selon une enquête OpinionWay, l’attrait du métal jaune se nourrit d’une défiance envers l’euro et d’une crainte de blocage de l’épargne en cas de crise. Le ticket d’entrée, lui, est souvent inférieur à 2 000 euros.
L’image du lingot dans le coffre d’un rentier a vécu. Le détenteur d’or de 2026 a moins de 35 ans, a investi quelques centaines d’euros et achète autant par méfiance que par calcul. C’est le portrait que dresse l’enquête OpinionWay réalisée pour la plateforme AuCOFFRE.com auprès de 1 752 personnes de 18 ans et plus, interrogées en ligne du 10 au 12 juin 2026 selon la méthode des quotas, et dont Gold Service, spécialiste du négoce de métaux précieux, se saisit cette semaine à l’occasion de la rentrée.
L’enquête date d’avant l’été ; le contexte, lui, s’est durci depuis. L’OAT (obligation assimilable du Trésor) française à dix ans est passée au-dessus de 4 % et l’inflation est remontée à 2,4 % en août selon l’Insee (Institut national de la statistique et des études économiques), deux nouvelles qui n’ont rien pour apaiser les inquiétudes mesurées en juin.
Un Français sur cinq déclare détenir de l’or, et 18 % envisagent d’en acheter dans les douze prochains mois. Chez les moins de 35 ans, la proportion de détenteurs grimpe à 41 %, quand elle plafonne à 10 % chez les 50 ans et plus. Dans cette tranche d’âge, 34 % projettent un achat dans l’année et 68 % jugent l’investissement pertinent. Le contraste avec les générations précédentes renverse une idée reçue : l’or n’est plus le placement des anciens, c’est celui de ceux qui entrent dans la vie patrimoniale. Rien ne prédestinait pourtant une génération moins dotée que ses aînés à s’emparer d’un actif réputé de conservation. L’explication est à chercher ailleurs, dans le rapport à la monnaie.
Un placement à moins de 2 000 euros
Autre idée reçue bousculée, celle d’un actif réservé aux grandes fortunes. 38 % des détenteurs ont investi moins de 2 000 euros dans le métal jaune, et 19 % moins de 500 euros. Une pièce, un petit lingot, quelques grammes achetés en ligne : le ticket d’entrée se compare à celui d’un versement sur un livret. La moitié des sondés estiment que l’or a sa place dans un portefeuille équilibré, et 25 % le désignent comme le meilleur actif pour préserver la valeur, devant l’immobilier (21 %) et les euros (10 %). Que la pierre passe derrière le métal dans cette hiérarchie en dit long sur l’humeur du moment.
Ce que les répondants achètent, c’est d’abord une assurance. 74 % se disent inquiets de la situation économique française, et 78 % jugent probable une crise économique ou financière majeure dans les cinq ans. Entre 58 % et 61 % ne font pas confiance à la stabilité de l’euro, et 26 % n’ont aucune confiance dans sa capacité à conserver sa valeur dans cinquante ans. Sept Français sur dix craignent qu’en cas de choc majeur l’État puisse restreindre l’accès à leur épargne. Chez les moins de 35 ans, 43 % se déclarent favorables à une monnaie adossée à l’or. Jean-François Faure, président-fondateur d’AuCOFFRE.com, y lit une confirmation : « Les Français s’intéressent de plus en plus à l’or comme protection face aux incertitudes économiques. »
Une confiance qui s’arrête à la porte du comptoir
L’engouement s’accompagne d’une méfiance envers ceux qui vendent. 51 % des sondés se méfient des estimations proposées par les négociants en or physique, et 54 % réclament un encadrement plus strict de la profession. Pour acheter, 41 % préfèreraient passer par leur banque et 37 % envisagent une boutique physique. Le marché de l’or grand public souffre d’un déficit de repères que les acteurs eux-mêmes reconnaissent : Yann Bouillonnec, porte-parole de Gold Service, propose ainsi de détailler les points de vigilance à connaître avant d’investir, les nouvelles motivations de ceux qui achètent ou revendent leur or, et la place que le métal peut occuper dans un patrimoine diversifié. Le mot « revendre » n’est pas anodin : dans une enseigne dont l’activité repose sur le rachat, la question du prix de sortie se pose autant que celle du prix d’entrée.
La culture financière suit difficilement. 60 % des répondants ignorent ce qu’a été la fin du système de Bretton Woods, qui a rompu en 1971 le lien entre le dollar et l’or, et seuls 10 % de ceux qui en ont entendu parler en mesurent les conséquences. Les jeunes acheteurs achètent donc une protection dont ils connaissent mal l’histoire, sur un marché qu’ils ne jugent pas assez surveillé, pour se prémunir d’un risque de crise que quatre Français sur cinq tiennent pour probable. Reste une question que l’enquête ne pose pas : combien d’entre eux sauront à quel prix revendre.






